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Le paradis à Madagascar
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L’éthique économique  dans la crise du Covid-19: un terme technocratique à faible dose d’humanité

Daniel Thiel

Mon cousin Gaston m'a gentiment invité à partager mes avis du moment sur la crise du
covid-19 et sur la problématique éthico-économique à résoudre par nos dirigeants.
Notre gouvernement a décrété un couvre-feu pour la moitié de la population française, c’est bien mais… si on raisonnait dans un langage simple et non politico-médiatique compte tenue de notre situation actuelle plutôt catastrophique, les deux décisions les plus triviales et rationnelles quoique fondamentalement opposées et plutôt radicales, auraient pu être les suivantes:
Décision 1: on confine tout le monde comme au printemps, (1) le nombre de cas diminue et proportionnellement le nombre de morts aussi ; (2) cela couterait très cher à l’état qui devrait financer le chômage dit partiel… à 100% ! et (3), nos entreprises se porteraient mal, auraient encore plus de pertes financières ce qui pourraient les amener à mettre la clé sous la porte avec le chômage qui en découlerait (je viens de lire que la France comptait en 2016 : 3,1 millions de TPE et PME, soit 99,8 % du nombre total d’entreprises. Une très grande majorité d’entre elles (96 %) sont des micro entreprises

https://resources.grouperandstad.fr/decryptages/economie-que-pesent-reellement-les-pme-et-tpe-en-france/

Décision 2: pas de couvre-feu et on ne confine personne et ce serait l’hécatombe (avec la possibilité tout de même d’atteindre ce fameux seuil d’immunité collective de 60% de
personnes infectées mais à quel cout humain !), (1) le nombre de cas augmenterait
vertigineusement et de manière proportionnelle, le nombre de morts avec un cout des soins pris en charge par l'état qui augmenterait drastiquement mais, (2) l'état n’aurait plus à sa charge le financement du chômage partiel et les entreprises pourraient fonctionner c’est l’essentiel mais tout de même ralentis à cause de la baisse du commerce international et de l’absentéisme du au Covid.
Finalement, une Décision 3 a été choisie par notre gouvernement: on mise tout sur la
fermeture des lieux de divertissement comme les bars, théâtres, concerts et rassemblements publics,... et on laisse fonctionner les autres entreprises, les écoles et les universités, les transports publics tout aussi risqués voire, selon certaines statistiques récentes (très discutables tout de même ! car la mesure est difficile et liée aux tests) même plus risqués que d’autres lieux fermés. La différence entre ces deux catégories, c’est que les uns ne sont pas nécessaires ce qu’une majorité de la population comprendra (bars, lieux de divertissement et culture) et les autres oui (lieux de travail et de formation). Le problème étant en fait très complexe, je trouve que le gouvernement a fait le bon choix sauf que... le nombre de malades et de morts pèse très peu dans sa décision, cette solution intermédiaire cherche en fait à trouver un sinistre équilibre entre les pertes économiques et les pertes humaines. Trouver un équilibre strictement financier est assez facile à obtenir puisqu’on pourrait fixer un seuil de confinement qui permette un juste équilibre entre [le cout des soins pris en charge par l’état] et [les couts du chômage partiel et des aides aux entreprises pris en charge par l’état + les pertes financières des entreprises]. Il est très facile de voir que le côté droit de la balance pèse bien plus lourd que le cout des soins ce qui explique que le confinement est très défavorable financièrement.

Mais je pense que le calcul; qu’a fait le gouvernement suit la logique suivante que l’on peut également très bien comprendre et qui se défend : la jauge du degré de confinement; n’est pas fixée dans l';objectif d'atteindre un quelconque équilibre financier (voir même &éthico-financier; pour faire preuve d’un peu d'humanité), mais elle peut simplement se définir en fonction du taux de saturation des services de réanimation soit des 5000 lits disponibles et du personnel nécessaire mais actuellement insuffisant (qui d’ailleurs permet de définir la couleur des régions, écarlates; si elles dépassent un certain taux d’occupation). Quoi de pire que de montrer aux contribuables français et au monde entier que nous ne sommes pas capables d’accueillir tous les malades dans nos hôpitaux et de faire des choix quant à la prise en charge des malades selon leur âge! Notre gouvernement veut bien évidemment éviter de montrer (à nouveau) son incapacité (ou manque de capacité hospitalière!) à gérer cette crise épidémique. Alors, il me semble que le mécanisme mis en « jeu » cette semaine par le président ne consiste pas à rechercher un équilibre santé/économie mais de poursuivre avant tout les activités économiques tout en ajustant régulièrement le taux de confinement pour éviter ces seuils critiques de saturation des hôpitaux. Les courbes épidémiques ont une forme de cloche (tant mieux d’ailleurs quand ça descend) mais nous ne sommes actuellement qu'en phase de montée et le nombre de personnes contaminées suit une courbe exponentielle, le virus va donc se propager de plus en plus parmi la population.
Mais grâce au couvre-feu qui vient d’être décrété, cela va permettre de ralentir cette
évolution et permettra de lisser la charge des hôpitaux pour éviter la catastrophe que nous avons connue dans certaines régions au printemps. Mais cela veut aussi dire que l’épidémie durera beaucoup plus longtemps, on est donc loin de se débarrasser de ce virus et qu'à mon avis, on devra probablement fermer à nouveau les écoles, universités et entreprises. Si le taux de saturation des hôpitaux est trop élevé avant Noel, il sera même nécessaire de confiner 24/24 mais il serait préférable, selon moi, qu’un confinement (j’espère me tromper et qu’il n’y en aura plus du tout mais les chiffres sont inquiétants) soit décrété après Nouvel An car il est plus que probable que les français ne respecterons pas les gestes barrières durant ces fêtes de fin d’année comme ils l’ont bien montré cet été (et en hiver on ne fête pas à l’extérieur !), j’espère aussi qu’ils feront attention les 2 semaines à venir pendant les vacances de la Toussaint mais notre président a osé hausser (un peu) le ton avant-hier ce qui devrait calmer le jeu inconscient que jouent certains.
Ci-dessous, quelques courbes pour visualiser le problème. 

Une image vaut mille mots comme disait un certain Confucius.
Les deux courbes suivantes montrent comment peut évoluer une épidémie comme celle du Covid. C’est un modèle mathématique bien connu (je n’ai rien inventé c’est suite à leurs observations que Kermack et Mc Kendrick en 1927 ont proposé ce modèle épidémique qui correspond bien aux épidémies connues).
A titre illustratif et comparatif, la courbe rouge montre l’évolution du nombre de cas de
personnes contaminés en ne faisant qu’un couvre-feu et l’autre en bleue, en confinant tout le monde, j’ai du mal à comprendre pourquoi certains ne comprennent pas… manque de pédagogie peut-être ? ou d’autodiscipline ou d’indifférence ?

Les courbes suivantes sont également inquiétantes parce qu’elles montrent que même si notre gouvernement doublait le nombre de lits de réanimation en France (de 5 000 à 10 000 ce qui permettrait de passer en cas de saturation des hôpitaux à un taux de charge de 50% en ayant doublé la capacité), il serait faux de dire qu'avec 10 000 lits, le risque qu’une ou plusieurs personnes ne pourraient pas être pris en charge immédiatement en se présentant dans un hôpital, serait nul. Il serait même de 25% si on disposait de 10 000 lits (la démonstration est facile à faire à l’aide d’un modèle stochastique markovien).

Pour terminer ce texte, une question curieuse mais fondamentale mérite d’être posée "combien coute une vie humaine ?" Eléments de réponse : « 3 millions d’euros en 2016 » selon un article de Libération 

https://www.liberation.fr/france/2016/09/02/pourquoi-une-vie-vaut-3-millions-d-euros-en-france_1476348

https://www.lemonde.fr/idees/article/2018/09/29/chiffrer-le-prix-d-une-vie-humaine_5362088_3232.html )

Un article du journal canadien « L’actualité » soulevait également cette question en 2013, en voici un extrait: "Dans leur livre Priceless (The New Press), l’économiste américain Frank Ackerman et la professeure de droit Lisa Heinzerling résument bien la situation difficile dans laquelle se trouvent les acteurs politiques. « Selon la plupart des systèmes de croyances éthiques et religieuses, chaque vie est sacrée, écrivent-ils. On en déduit donc que la valeur de la vie est infinie. Si tel est le cas, doit-on consacrer toutes les ressources à réduire les risques et à prévenir la mort ? »" 

https://lactualite.com/societe/le-prix-dune-vie/

J’ai apprécié de pouvoir apporter ma modeste contribution au Puisatier. Mes propos cherchaient à comprendre l’équilibre entre une eau apportée au moulin des entreprises et l’eau nécessaire aux 10% de personnes qui vont mourir de soif 

https://www.liberation.fr/checknews/2020/04/22/quel-est-le-taux-de-mortalite-des-malades-du-covid-19-en-reanimation_1785793

Prenez soin de vous

Daniel Thiel

 

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